Le «qassam» est le jardinier des «maqshama» de la vieille ville de Sanaa. Il doit son nom au «quismi», un radis blanc ici cultivé. Il cultive aussi des plantes potagères comme le «Bî’a», sorte de poireau, cive ou ciboule, mais aussi de l’oignon, de la luzerne pour les chèvres, des tomates, des piments, des haricots, de la menthe, du persil …. On trouve dans ces jardins aussi beaucoup de plantes odorantes comme la rue, le basilic qui parfument les maisons yéménites.
Ces jardins étant des biens «waqf», biens de mainmorte, inaliénables et inconstructibles gérés par la mosquée, don des croyants fait à Dieu, ils sont exploités par des familles pauvres en échange de leur engagement à y travailler, à entretenir la mosquée et le hammam et à payer une taxe sur leur production agricole. Aujourd’hui certaines familles pauvres ont encore l’usufruit de ces jardins. La production des jardins est vendue soit directement à des clients particuliers soit sur des marchés.
Les jardiniers sont assimilés à une des classes les plus basses de la société yéménite, les Bani al-Hums, les gens du 1/5, caste qui regroupe les métiers considérés comme impurs pour un musulman en raison en partie du contact avec des matières organiques ou ayant rapport avec des pollutions corporelles. Parmi ces métiers, il y a les bouchers, les équarisseurs, les coiffeurs et barbiers circonciseurs, les cordonniers, les potiers, les vendeurs de Qat …. et les « qassam » qui utilisent pour l’irrigation l’eau ayant servie aux ablutions et collectaient les engrais organiques.
En plus de leur métier peu estimé, les « qassam » ne possèdent pas leur terre et n’ont pas d’ascendance tribale. Avec le temps, ce statut a évolué et le cultivateur citadin considère maintenant qu’il exerce un « bon métier », il aime son travail et en est fier, il se bât pour défendre son droit à cultiver cet espace tant convoité. Souvent, la famille entière travaille au jardin, ce qui facilite la garde des enfants en bas âge, permet d’initier tr ès tôt les enfants aux méthodes de cultures ancestrales et de transmettre les traditions.
En plus de l’obligation de cultiver ses parcelles, le « qassam » devait entretenir la mosquée et le hammam, collecter les excréments d’animaux et les déchets domestiques qui lui serviraient d’engrais, « dibla ». Aujourd’hui cette dernière activité a complètement disparue du fait de la diminution du nombre de chèvres, moutons et chameaux dans l’enceinte de la ville, et de l’augmentation des déchets non organiques tels les sacs plastiques et autres emballages.
En se promenant dans les ruelles de la ville, on peut apercevoir certains jardins, petits paradis de verdure, souvent cachés par de hauts murs ou entourés de maisons, bien gardés des intrus. Parfois un gamin vous attirera vers son jardin et avec fierté vous expliquera ce qui est cultivé, vous repartirez avec une branche de rue (basilic) derrière l’oreille, et un fruit si c’est la saison, charmé par ce lieu paisible, et souvent insoupçonnable depuis la rue.
Les femmes y travaillent en habit traditionnel, voilées, elles palabrent gaiement avec leurs voisines, leur linge sèchent sur les branches d’arbre. Et pour profiter pleinement d’un moment de calme, dégustez un « chai bil halib wa sukkar » ,thé au lait avec du sucre, à la terrasse de l’hôtel Taj Thala ou Dawud en bordure des jardins Al Thala et Al Tawus. Ou bien encore, admirez de la terrasse de l’hôtel Burj Al Salam le puzzle aux pièces vertes et ocre, au coucher du soleil, en dégustant un « asir limon bil nana », jus de citron avec de la menthe accompagné du chant discordant des muezzins !
Brigitte à Sanaa
Photographie : © Brigitte
Avril 2009
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