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Des lieux vus > Les Maqshama boivent l’eau de la mosquée

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Au détour d'une ruelle, par l'entrebâillement d'une porte, depuis un toit terrasse, apparaissent les jardins de Sana'a, vision magique d’espaces sereins et tranquilles au sein d’une ville en pleine effervescence. Le vert tendre des légumes tranche sur le bleu du ciel et la couleur ocre des maisons de pierre éclairées par le soleil couchant. Sur les 160 ha qu'occupe la vieille ville de Sana'a, près de 21 ha sont des jardins potagers, « Maqshama », ou vergers, « Bustan ».  43  jardins sont réunis autour des 50 mosquées que compte la vieille ville.

Toujours situés près des mosquées et des hammams, les jardins sont irrigués par l'eau des ablutions. Autrefois un chameau montait et descendait une rampe de halage, « mirna », pour tirer l'eau du puits, au moyen d'un récipient attaché à une poulie qui se déversait dans un réservoir. Aujourd’hui, le chameau est remplacé par une pompe mécanique.  L'eau stockée dans un bassin, « birka », sert d’abord aux ablutions des fidèles puis est recyclée en eau d'arrosage.  La « birka » se situe en général dans la partie haute du jardin et l'eau descend par gravitation dans des petits canaux en terre, des petits barrages de pierre et tissu permettent de diriger l’eau vers les parcelles à irriguer.

La vieille ville est construite de façon à ce que l’inclinaison des rues conduise les eaux de pluie vers les jardins situés au-dessous du niveau des maisons ou vers le Wadi Sayla (cours d’eau temporaire utilisé comme avenue en dehors des heures de pluie). Les inondations des maisons  en période de fortes pluies sont ainsi évitées. Comme il n’y avait pas de système d’égouts jusqu’à récemment, les matières organiques drainées par les eaux de pluie servaient de fertilisants, le nombre de bêtes vivant dans l’enceinte de la ville étant bien plus important autrefois.

 
Nombre de ces jardins paraissent  partiellement ou totalement abandonnés. Une des raisons majeures est la difficulté en approvisionnement en eau que rencontrent les cultivateurs.  C’est une des grandes préoccupations de la ville de Sana’a pour les années à venir. En raison de l’augmentation exponentielle de la population et de la culture du qat, les besoins en eau de la capitale ont très fortement augmentés et les nappes phréatiques s’épuisent. Ces problèmes d’alimentation en eau ont entraîné l’abandon de l’exploitation de certains jardins, et leur assèchement rapide.

L’usage de pompes a, dans un premier temps, permis d’accéder à l’eau sans difficulté et en quantité ! ce qui a eu pour effet d’améliorer la qualité et le rendement des cultures et par conséquent les revenus des exploitants. Mais les pompes tombent en panne, il faut forer de plus en plus bas pour atteindre la nappe, les jardiniers, « qassam », ne peuvent pas suivre financièrement, rares sont les mécènes qui investissent dans le forage de puits, certains qassam se trouvent dans l’obligation d’abandonner la culture. Les anciens puits ont une profondeur de 30 à 80m, les forages actuels atteignent la nappe phréatique vers 300 m et sont très onéreux.

De plus, du fait de l’étroitesse des rues de la vieille ville, les camions collecteurs de poubelle ne peuvent y entrer, les rues les plus touristiques  sont balayées, pour les autres, les habitants se débrouillent et tout espace libre, comme une parcelle de jardin abandonnée se transforme en décharge sauvage. Les jardiniers se battent pour défendre leur bien contre l’intrusion sauvage des sacs poubelle, jusqu’à user du revolver et échouer en prison ! Du fait, de leur statut de bien waqf, les maqshama sont inaliénables et inconstructibles, mais faute de contrôle, quand la culture d’une parcelle est abandonnée, les voisins en détournent son usage, en utilisant l’espace libre pour agrandir leur maison ou en construire une autre pour un membre de leur famille ou bien encore pour entreposer du matériel.

 
Brigitte à Sanaa
Photographie : © Brigitte
Avril 2009

Bibliographie :
Les jardins de la vieille ville de Sana’a  publication du CEFAS
Sana’a, architecture domestique et société, ouvrage coordonné par Paul Bonnenfant, chapitre : les jardins urbains de Thierry Boissière et Pascal Maréchaux, CNRS éditions
Voyage en Arabie heureuse Le Yémen , Jalel Bouagga édition peuples du monde itinérances.
 

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