Les principales évolutions de style de l'Ao Dài, la tunique traditionnelle vietnamienne. Ao Dài à quatre pans et à cinq pans durant les 17 et 19 e siècle ; Ao Dài - Le-Mur - et Ao Dài - Lê Phô - du 1932 à 1935 ; Ao Dài décolletée ou la tunique sexy de Madame Ngô Dinh Nhu en 1958 ; Ao Dài hippie de 1968 (de courte durée…) et enfin, Ao Dài d’aujourd’hui, toujours en évolution.
Ao Dài à quatre pans durant les 17 et 19e siècle
Au début du 17è siècle, la tunique à quatre pans reflète bien le conservatisme du moment. Les femmes la portent ample, cachant toutes formes du corps, en coton brut aux couleurs discrètes, en quasi-absence de motif, signifiant - selon l’anthropologue Trân Ngoc Thêm - la position “mineure” des Vietnamiennes dans la société. Cette tunique - ” Ao dài tu thân” - est portée dans les campagnes du Nord du pays jusqu’en 1930.
Ao Dài à cinq pans durant les mêmes 17 et 19e siècle
Les femmes de la bourgeoisie des grandes villes du Nord au Sud portent cette tunique à cinq pans - “Ao dài ngu thân” - comme signe distinctif de leur condition sociale favorisée. Nette différenciation par rapport aux campagnardes et leur tunique à quatre pans. L’Ao dài à cinq pans symbolise les cinq éléments fondamentaux de l’Univers : Métal, Bois, Eau, Feu et Terre. Elle est réalisée dans des tissus nobles comme la soie fine, de couleur vives et souvent brodée. Toutefois, elle garde toujours le forme ample afin de aplanir les courbes du corps…
Ao Dài “Le-Mur” et Ao Dài “Lê Phô” du 1932 à 1935
La colonisation française en Indochine apporte l’influence occidentale à la tunique traditionnelle. C’est une révolution stylistique et culturelle. Pour la première fois, l’ao-dài est dessinée - à deux pans, près du corps - pour mettre en valeur la féminité, signe de “modernité sociale”. Elle donne le coup d’envoi à la revendication - par les femmes - pour l’égalité entre les deux sexes dans la société “moderne” vietnamienne.
Ao Dài “décolletée” ou la tunique “sexy” de Madame Ngô Dinh Nhu en 1958
Fin 1958, Madame Nhu, l’épouse du frère du Président du Sud-Viêtnam Ngô Dinh Diêm, en femme “libérée” crée le trouble et débat intense dans la société vietnamienne, entre les tenants de “modernité” ou “occidentalisation” et les défenseurs des “valeurs traditionnelles”. Dans une apparition publique, Mme Nhu apparaît revêtue d’une ao-dài largement décolletée. Les uns crient au scandale, les autres applaudissent l’audace. Jusqu’alors, la tunique est dotée d’un col rigide et monte haut. La tunique de Mme Nhu est devenue un symbole de la “confiance en soi” et de la “libéralisation” des femmes de Sài-Gon.
Ao Dài “hippie” de 1968 (de courte durée…)
Mai 68 en France et la vague “Peace and Love” traversent la Pacifique. A Sài-Gon, les filles, les femmes mettent des grosses fleurs sur les pans de leur vénérable “ao dài”, hauts et courts, déstructurée, pantalon de soie en patte d’éléphant. Comme ailleurs…
Ao Dài d’aujourd’hui de 1989 (toujours en évolution)
La politique “Doi Moi” - signifie le Renouveau ou la Réforme Libérale ou la Nouvelle Epoque en traduction libre - impulse la renaissance de la tunique traditionnelle longtemps dénigrée par le Parti communiste comme la représentation de la bourgeoisie, de la légèreté rétrograde et du conservatisme féodal contre-révolutionaire. Le gouvernement autorise pour la première fois l’organisation du Miss Ao-Dài à Hô-Chi-Minh Ville, mélangeant le concours de beauté et de couture. Deux stylistes se démarquent du lot par leur créativité et originalité : le saigonnais Si Hoàng dessine directement sur les pans de la tunique et Minh Hanh, la fille de Huê ville impériale, mixte le design de deux pans aux robes brodée, en soie brute, des montagnardes du Centre.
Dund Vo Trung, 2007
http://trungdungvo.blog.lemonde.fr
Photographie © Dund Vo Trung
Sources : Les recherches menées par l’anthropologue Trân Ngoc Thêm et l’historienne Doàn Thi Tinh.
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