Tout commence par une serveuse de 20 ans au petit haut moulant et à la poitrine énorme. Une vision surréaliste après une traversée de l'Ouzbékistan où toutes les femmes portaient d'amples robes à fleurs et se contentaient, le plus souvent, de faire la cuisine ou d'arroser le sol pour le rafraîchir. Nous sommes encore à 150 kilomètres de Tachkent et cette belle Russe parle ouzbek couramment. Quelques kilomètres plus loin, une enseigne en cyrillique avec ce mot magique, “café”, que je croyais, depuis le Kazakhstan, définitivement remplacé par “maison de thé”.
Ensuite, tout s'enchaîne : un air que je connais à la radio, les Russes de plus en plus présents, les Ouzbeks qui parlent russe entre-eux et plus personne qui ne nous fait signe… Dans quel sens avançons-nous ? Ai-je fait le tour de la terre ? Suis-je revenu au point de départ ? Mon Dieu, une mini-jupe ! Un string ! Qu’elles sont belles les Ouzbeks sexy ! Bien plus belles que les fantômes à fleurs de leurs campagnes ! Ça y est ? C'est la ville ? C'est la fin ? C'est Tachkent !! Ce point final dont je prononce le nom 10 fois par jour depuis 4 mois ! On est dimanche soir, le soleil se couche sur la ville et sur ce rêve. Ça y est, ce voyage à vélo est à conjuguer au passé. Je suis déjà un peu plus vieux. Je sens mes muscles devenir flasques, je quitte mon apogée physique… Au secours !
Tout s'arrête ici, comme pour montrer qu'il ne suffit pas d'aller toujours plus à l'Est pour toujours plus d'exotisme. En Ouzbékistan, nous n'avons vu des Russes qu'ici et à Samarkand. Ils ont déserté les petites localités. Et comme au Kazakhstan, ils sont peu à peu évincés des hauts postes de l'administration… La seule bonne fac du pays impose à ses étudiants un examen d'ouzbek, une langue qu’ils ne parlent quasiment jamais !
Que serait cette ville sans eux ? Ressemblerait-elle à n'importe quelle capitale du tiers monde ? L'Occident arriverait-il jusqu'ici de la même manière ? Verrait-on ces jeunes “grunges” se défoncer aux jeux vidéos ? Ces lolitas aux yeux bridés sur les pistes de danse ? Jamais je n'ai vu un pays avec un tel décalage entre la ville et la campagne ! Qui gagnera la bataille ?
J'ai posé mon vélo, je me suis assis en face de la statue de Tamerlan. Celle qui remplace Marx. Quelque soit le bonhomme, les locaux se font toujours prendre en photo devant lui. J'ai tenté un bilan de ce qui s'est passé ces derniers mois. Tant d'émotions en si peu de temps. Je me suis aperçu que tout cela m'avait donné une soif d'encore plus de découvertes. Mais d'abord, j'ai envie de repos. Je rentre en France fin août, après une petite escale (sans vélo) dans les montagnes et les lacs du Kirghizstan. Mais j'ai aussi envie de raconter tout ce que j'ai vécu ces derniers mois. Envie de parler, de vous parler. Contactez-moi donc. Invitez-moi à prendre un verre, un repas. Le partage de cette aventure se fera aussi de façon plus formelle grâce à des conférences, des expositions photos et des projections du film que nous avons tourné.
François Picard, 2004
http://www.culture-aventure.fr
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