J'avais d'abords, alors que j'inspectais en vue d'achat la boutique d'un peintre à Boukhara (Buxoro en ouzbek !) vu un tableau très fin et très bien fait qui représentait un homme tenant un filet en guettant avec dans le regard une expression d'appétit indicible un oiseau à terre. Je croyais alors que c'était pour le manger. La qualité artistique et expressive de cette peinture m'a fait un temps hésiter de l'acheter, mais elle était beaucoup plus chère que les autres et le peintre m'avait prévenu : pour celle là il n'y a pas de marchandage possible (contrairement à la règle générale pour le reste. Cette peinture était l'oeuvre de celui qui avait été son maître. J'y ai renoncé, maintenant je regrette.
Plus tard j'ai appris l'explication : Les ouzbeks adorent entendre le chant de la caille, ils les capturent (d'où le tableau) et les enferment dans des cages recouvertes de dentelle pour pouvoir les entendre à loisir. Et j'ai eu l'occasion de le constater dans un café du centre de Samarcande, sonorisé périodiquement, non pas par du rock anglophone - comme c'est le cas maintenant en France ! - mais par les cris de la caille. J'ai gardé un souvenir très vif de cet endroit dans le centre de Samarcande, sur un boulevard très passant, et où dans la salle du haut où nous étions, un groupe de lycéens, en uniforme, de type occidental, fêtaient leur réussite aux examens.
Ce trait de la culture ouzbek une fois connu, je l'ai reconnu sur certaines miniatures: par exemple il y en avait une (que je n'ai pas achetée non plus, mais en voyage le budget est limité il faut choisir, j'avais déjà opté pour une peinture représentant un derviche errant, ou calender) où on voyait deux personnages réunis sous un arbre en plein désert avec de petit verre de liqueur (les ouzbeks, bien que musulmans, ne "crachent" pas sur l'alcool, comme on dit, j'ai bu de l'arak, la vodka locale, ou du vin, très capiteux et parfumé, tous les jours du voyage, et les ouzbeks, et les ouzbèques n'en buvaient pas moins que moi) et près d'une cage (donc contenant une caille) écoutant avec ravissement, et visiblement comme des connaisseurs !
Le "cri court des cailles, divisant l'été" (Aragon), alias, en français ! "paye tes dettes" ! est pour les ouzbeks un régal !
Roland, Samarcande, Janvier 2010
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