Combien va coûter le pont de Sotuba à Bamako ? Pas moins de 37 milliards de FCFA (soit un peu plus de 56 millions d’euros) d'après la presse malienne, sans doute un des plus gros investissements de la Chine ces dernières années dans la sous-région. Cadeau, en plus, alors que maintenant une partie des pays européens se lancent plutôt vers les prêts, avantageux certes, mais des prêts quand même.
Comment le Bamakois accueille-t-il cette présence chinoise ? D’un côté les optimistes qui voient la Chine réaliser sans états d’âmes ce que les bailleurs de fonds européens acceptent de faire après beaucoup d’interrogations, de conditions et de garde-fous. La Chine est là pour nous aider depuis notre indépendance et les promesses des Chinois ont toujours été suivies de réalisations disent en substances les Bamakois. Pour beaucoup de Maliens les apports de l’Occident ont encore des arrière-pensées colonialistes, il y a forcément un intérêt. Pour Seydou Badian Kouyaté (ministre sous la première république du Mali entre 1960 et 1968) écrivain reconnu et âgé de 83 ans aujourd’hui et considéré par certains comme le plus chinois des Maliens, "la Chine n’a pas l’ambition d’une puissance mondiale, bien qu’elle en ait les moyens et la force. Les Chinois veulent progresser en toute modestie, sur les deux jambes, par le travail et la rigueur". Et ce, même si l’essentiel des travaux du pont de Sotuba sera réalisé par une entreprise chinoise (CGGC) à grand renfort de publicité.
Pour d’autres, les Chinois représentent quelque chose que l’on peut assimiler non pas à un danger mais une espèce d’invasion. Ils sont présents partout, ils envahissent tous les domaines de la vie publique, de l’industrie et du commerce. Les marchés de chantiers routiers, de constructions d’hôtels sont attribués régulièrement à des entreprises chinoises. On trouve maintenant à Bamako des vendeurs chinois au marché qui prennent presque la place réservée des femmes qui venaient vendre leurs légumes ou les condiments, et ils ont, à l’instar des Maliennes, disposé des points de restauration rapide au bord du trottoir.
Dans certains magasins, difficile de trouver de la papeterie, de la vaisselle, des outils, autres que chinois. Cela continue avec les vêtements et les chaussures, et n’oublions pas les djakartas et les mobylettes-taxis qui commencent à s’implanter. La Chine, qui s’est ouverte à l’économie de marché, cherche à écouler ses produits manufacturés. Un Malien m’a dit, sans complexe, que les hôtels tenus par des Chinois sont plus propres, moins chers, et tu trouves même une télé avec cassette hard quand tu emmènes une copine pour la nuit. Tous les secteurs je vous disais, tous les secteurs.
Depuis des années les Chinois envoient en Afrique des médecins, des agronomes, des architectes… Pourquoi ce succès, sans doute parce que le mode de vie chinois colle mieux avec le système africain. La Chine se considère encore comme un pays en voie de développement et adhère à la réalité malienne, et le Mali le comprend comme ça, qui a envoyé de l’aide en Chine lors du dernier grand séisme, une aide modeste certes, mais une aide au grand frère.
Thierry Helsens, mars 2009
Toubadou à Bamako
http://mali.blogs.liberation.fr
Photographie © Thierry Helsens
Commentaires
Holy shziint, this is so cool
Holy shziint, this is so cool thank you.
Poster un nouveau commentaire