Le japonais, c'est pas facile ! En fait, nous, on trouve ça beaucoup plus compliqué que le chinois. Bien sûr, nous sommes quand même un peu aidés par notre connaissance (même relativement limitée comme la mienne) du chinois. D'abord, pas de surprise puisque nous avions déjà remarqué cela lors de notre tout premier voyage à Tokyo, beaucoup de 'kanjis' [les caractères chinois utilisés en japonais] nous sont déjà très familiers et comme leur sens est le même qu'en chinois dans de nombreux cas, cela nous facilite grandement la vie pour faire les courses ou se repérer dans la rue.
Il faut néanmoins se méfier, car d'une part on a tendance à les lire en chinois plutôt qu'en japonais (surtout Laurent qui lit pas mal de chinois) et d'autre part il y a des faux amis ! Petit exemple à l'attention des sinophones : 'professeur' en japonais c'est 先生 [sensei], qui en chinois se prononce presque pareil, mais signifie 'Monsieur'. Un professeur femme se verra donc affublée au Japon d'un 'Monsieur' en chinois, vous suivez ?
Pour compliquer les choses, le même kanji se prononce de plusieurs façons en fonction du mot dans lequel il se retrouve, ce qui en fait une différence majeure avec le chinois où le cas est assez marginal.
Par exemple...
日 se prononce "ri" en chinois dans la majorité des cas
Il se prononce bi, hi, ni, nichi, ka, jitsu en japonais, comme dans :
明日 ashita : demain (rien à voir, donc...)
月曜日 getsuyoobi : lundi
七日 nanoka : le 7 du mois
日本 nihon : le Japon
期日 kijitsu : date
En outre, et c'est là que les choses se compliquent plus encore, nos amis japonais utilisent évidemment les caractères traditionnels, puisqu'ils ont été utilisés dans la langue japonaise depuis bien avant 1949. Comme en Chine Populaire, certains caractères ont été simplifiés au fil du temps - oui mais, voilà ! Ils n'ont pas toujours été simplifiés de la même façon qu'en Chine...
Encore des exemples...
Carte, plan :
地図 en japonais [chizu]
地图en chinois [ditu]
Etendu, vaste :
廣 en chinois non simplifié, 广 en chinois simplifié [guang]
広い en japonais [hiro]
Bref, ce n'est pas aussi simple que ça en a l'air, même si, avouons-le, mémoriser un nouveau kanji nous est plus facile - on perd moins de temps à reconnaître les traits et à deviner dans quel ordre les tracer.
Nous sommes aussi aidés, même si c'est plus subtil (on a mis un peu de temps à s'en rendre compte), côté constructions syntaxiques. Mettre le verbe à la fin, utiliser des particules, tout cela nous paraît relativement naturel, parce que c'est similaire au chinois (alors que je me souviens, quand on a commencé à apprendre la langue des Hans, c'était assez perturbant et on se trompait beaucoup sur l'ordre des mots).
Un autre exemple de proximité, le non qui veut dire oui et le oui qui veut dire non. Attention aux questions-pièges, pour éviter la mésaventure décrite par Amélie Nothomb dans « Ni d'Eve ni d'Adam » : à la question « Ne veux-tu pas m'épouser ? », elle répondit malencontreusement « Non, je veux t'épouser » (= marions-nous) au lieu de « Oui, je ne veux pas t'épouser » (= non merci). De quoi se mettre dans une situation embarrassante...
Comme en chinois, on peut aussi omettre le sujet de la phrase japonaise, ce qui est bien commode pour demander quelque chose sans trop se mouiller : « Ce serait bien que [...] fasse la traduction » (mais QUI ?)...
Tout cela ne veut pas dire que l'apprentissage du japonais vient facilement, au contraire. Si la prononciation est plus aisée qu'en chinois (pas de tons, et l'écriture phonétique, romaji, se lit, à l'inverse du pinyin chinois, comme elle s'écrit), la mémorisation des mots est hardue - beaucoup de syllabes, et qui se ressemblent, mieux vaut ne pas être dyslexique...
Laurent a mis du temps à maîtriser le 'je dois...' comme dans 'je dois manger' [tabenakerebanarimasen] qui s'exprime d'ailleurs au moyen d'une double négation !
D'une manière générale, les phrases en japonais sont longues, très longues... Si vous avez vu le film « Lost in Translation », vous vous souvenez sûrement de cette scène où Bill Murray tourne la publicité pour le whisky Suntory. Le metteur en scène parle, parle, parle... et la traductrice traduit le tout en 10 secondes. Exagéré ? Pas du tout, j'ai assisté à la même scène pendant une séance de formation chez Ipsos !
Pour compliquer encore plus les choses, en plus des kanjis, les Japonais utilisent deux syllabaires - des sortes d'alphabets (avec des phonèmes au lieu de lettres), les kanas. Il y a les 'hiragana' et les 'katakana'. Les premiers servent à écrire les mots d'origine japonaise. Les autres pour les mots d'origine étrangère (au départ, les katakana servaient à transcrire les mots empruntés au chinois). Tout cela est mélangé allègrement dans les textes, il faut donc savoir tout reconnaître.
Quant à la grammaire, c'est un vrai cauchemar ! Non seulement elle est complexe, mais en plus elle dépend de votre interlocuteur et de son niveau social...
Carine et Laurent au pays des Kami
http://carine-laurent.over-blog.com
Photographie © Carine et Laurent
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