Rinca, matin du monde, l’autre île des Komodo.
Dans la mangrove, des singes, à tête de vieillards,
Nous ouvrent en mendiant, avec un air roublard,
La porte des savanes. Il ne fait pas trop chaud.
Collines aux herbes sèches, vallons sous frondaison,
Sources en manque de mousson, assoiffées par le vent,
Lande pour palmiers rois, nids à perroquets blancs,
Attendant patiemment leur unique floraison,
Ou des gemmeurs agiles, glanant leur sucre rouge.
Les sangliers en fuite, les cerfs qui s’affolent,
Mettent soudain en alerte, nos marcheurs caracoles,
Qui en colonne frondeuse, quelques instants avant,
Font, bouche bée, connaissance, d’une horde de varans :
Ils déjeunent sur l’herbe, en dignes campagnards,
Gueules et mâchoires béantes, griffes de charognards,
Langues jaunâtres vipérines pourléchant la carcasse,
D’une biche passée depuis longtemps de la vie à trépas…
Occupés,… subjugués, par ce spectacle jurassique,
Les deux groupes de « vivants »,
Le « moderne », et le « préhistorique »,
Se jaugeront longtemps,
Puis, en non-concurrence, et d’un accord commun,
Se surveillant de l’œil, s’éloigneront enfin,…
- L’un les jambes flageolantes, et moult commentaires,
Vers un village marin des « roms » des archipels,
- L’autre repu, vers son tertre, qui lui sert de tanière,
Laissant dans la poussière les traces de ses scalpels.
Philippe Armand, août 2008
Extrait de « Des soirs et des matins autour de Flores ».
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