C’est la première chose que l’on voit en sortant de l’aéroport de Bombay : Dharavi. Le plus grand slum d’Asie, tout au nord de la ville, juste avant Bandra, le quartier chic où se cachent les stars de Bollywood. Dharavi est à vendre. Le projet immobilier qui prévoit des résidences de standing pour la nouvelle classe moyenne déplacerait plus d’un million de personnes qui participent à l’économie de Bombay. C’est à Dharavi que l’on travaille le cuir, l’acier, le bois.... Depuis le succès du film de Danny Boyle, Slumdog Millionaire, qui raconte comment un gamin du slum gagne au jeu TV “Qui veut gagné des millions?”, les foules sentimentales s’émeuvent et certaines banques ont retiré leur argent du projet immobilier. A suivre.
La vaine polémique. Depuis le succès du film aussi, la polémique: “pornographie de la pauvreté”, lit-on ici et là. On accuse Danny Boyle, “un Occidental” de faire ses choux gras et de l’esthétisme avec la misère d’un pays que l’Angleterre autrefois colonisa. Mais Danny Boyle n’a rien inventé. Il a fait une adaptation “light” du roman d’un Indien, Vikas Swarup, “Q & A” - ou “Les aventures fabuleuses d’un indien malchanceux qui devint milliardaire”.
Quelques 500 millions d’Indiens vivent dans des slums, faute de places, de logements à loyers modérés. Faut-il les ignorer ? Faut-il ne montrer de l’Inde que le Taj à Agra, les palais dans le Rajasthan, les pélerins à Benarès, le Taj Hotel à Bombay, le cinéma clinquant de Bollywood et les villas de luxe de ses stars à Bandra, quartier aux portes de Dharavi ? Si filmer la pauvreté est une pornographie, Louis Malle aurait-il du réaliser la série documentaire, “L’Inde fantôme” et Mira Mair, “Salaam Bombay”, un premier couronné film d’une caméra d’or au Festival de Cannes, qui racontait la triste vie des gamins des rues dans le quartier chaud de la prostitution à Bombay?
Sandrine Cohen, 2009
http://www.zappeur-de-rien.fr
Photographie © sandrine cohen
Commentaires
Poster un nouveau commentaire