Au Gabon et plus largement en Afrique centrale, je passe chez toi, tu n’es pas là, je t’envoie le texto suivant : « je t’ai absenté » ! Je t’ai manqué, quoi ! Mais un brin plus poétique, non ?
Au Gabon, on redécouvre un certain sens littéral des mots, une sorte de langue ancienne, le mot sonne, résonne et se suffit à lui-même… Le plus souvent, nul besoin de compléments.
Si je perds un proche, je suis éprouvé.
Si nous sommes allés à l’école ensemble, nous avons fréquenté. De la même manière au Sénégal, on dirait que « nous avons fait les bancs ensemble »
Si je crois avoir blessé quelqu’un je pourrais m’excuser et dire, désolée, je ne veux pas offenser.
A Libreville, lorsque l’on ouvre le « Zoom » le journal des petites annonces, on lit souvent dans les rubriques locations ou emplois « Aventur. s’abst. » , ce qui signifie « aventurier, aventurière » s’abstenir ! Contrairement aux sous-entendus grivois que notre imagination fantasmatique pourrait y voir, c’est tout simplement l’équivalent de « pas sérieux, s’abstenir »…
Au Gabon, si je trouve un billet de 5000 CFA par terre et que je le ramasse, tu soupçonnes mon honnêteté et je te dis « Même toi-même ! », c’est-à-dire « Tu ne l’aurais pas fait, toi ? ».
Si le gabonais ne veut pas se mêler d’une affaire, il dit « J’enlève mon corps », ce qui signifie : je ne rentre pas dans vos histoires. Les gabonais disent aussi « Barré », comme abréviation de « Non, pas question ! »
Enfin, à Libreville lorsqu’on quitte quelqu’un sans savoir quand on va le revoir cela donne « Au revoir et bonne continuation ! » et le gabonais répond : « A tout moment ! ».
Libreville, avril 2010.
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