Westalke a composé un livre sublime avec une écriture fluide et un humour grinçant qui porte le lecteur dès les premières pages. Pas de fioritures, que des phrases au scapel en écho à la noirceur de ce monde sauvage et sans pitié du capitalisme sans humanité. Le récit du point de vue du criminel donne encore plus de force à l’histoire.
Le roman noir est-il social et de gauche ? En lisant le magistral roman de Donald Westlake, Le couperet, la réponse affirmative s’impose. Le monde cruel de l’entreprise et de l’idéologie capitaliste du rendement se tient en embuscade de l’histoire.
« L’ennemi, ce sont les actionnaires. Ce sont toutes des sociétés anonymes, et c’est le besoin de rendement des actionnaires qui les pousse, toutes autant qu’elles sont. Pas le produit, pas la compétence, certainement pas la réputation de l’entreprise. Les actionnaires ne s’intéressent à rien d’autres que le rendement, et cela les conduit à soutenir des cadres de direction formés à leur image, des hommes qui gèrent des entreprises dont ils se moquent éperduement, dirigent des effectifs dont la réalité humaine ne leur vient jamais à l’esprit, prennent des décisions non pas en fonction de ce qui est bon pour la compagnie, le personnel, le produit ou encore le client, ni même pour le bien de la société de façon plus générale, mais seulement en fonction du bénéfice apporté aux actionnaires. C’est pourquoi des firmes saines, largement bénéficiaires, riches en dividendes pour leurs actionnaires, licencient néanmoins des ouvriers par milliers, pour extirper juste quelques gouttes de plus.» »
Pour répondre à la cruauté, le personnage principal, licencié à la suite d’une compression de personnel va répliquer avec la même cruauté et un égal cynisme. A l’abattage, il renvoie l’abattage. Ce cadre supérieur de l’industrie du papier, en quête d’un nouveau poste, élimine tout simplement ses concurrents à ce poste, oui, il les abat avec un vieux revolver ou un marteau ou alors avec sa voiture ou pire encore.
Amoral, Burk Devore se cale également sur une devise des affaires et des gouvernants, la fin justifie les moyens : « Il fut une époque où c’était considéré comme malhonnête, l’idée que la fin justifie les moyens. Mais maintenant cette époque est révolue. Non seulement nous y croyons, mais nous le disons. Nos chefs de gouvernement justifient toujours leurs actions en invoquant leurs buts. Et il n’est pas un seul P.D.G qui ait commenté publiquement la vague des compressions de personnel qui balaie l’Amérique sans l’expliquer par une variation sur la même idée : la fin justifie les moyens. La fin de ce que j’accomplis, l’objectif, le but, est juste, incontestablement juste. Je veux m’occuper de la famille, je veux être un élement productif de la société…. » La conclusion de l’auteur que je ne dévoilerais pas afin de pas gâcher le plaisir du lecteur s’inscrit dans cet explosion des cadres de l’amoralité.
La première phrase dresse d’emblée le tableau : « En fait, je n’ai jamais encore tué personne, assassiné quelqu’un, supprimé un autre être humain ». Elle préfigure la suite des événements…
Donald Westlake a quitté ce monde le 31 décembre 2008 à l’âge de 75 ans. Ce n’est pas une blague cette fois. Merci M. Westlake pour tout!
Silouane,
http://silouane.blog.lemonde.fr
Photographie © Silouane
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