Dimanche matin, 7h30, station de métro de Sakanat El Maadi. En attendant la rame, les bruits des marchands derrière la station animent ce matin morose de début de semaine. Je monte dans le wagon des femmes, je ne sais pas trop pourquoi, c'est un réflexe quand je suis seule.
Station Dar El Salam, le train se remplit, je ne vois plus que des têtes voilées. Imaginez un peu : je domine (eh oui, ici je suis plutôt grande, privilège des enfants bien nourris !) le wagon d'une tête, et mon regard flotte sur un océan de cheveux cachés, dos anonymes, visages ronds aux regards appuyé.
Malgré la foule, la promiscuité, les femmes sont calmes, la lassitude de la journée ne se lit pas encore sur leur visage. Beaucoup de jeunes filles à cette heure-ci, étudiantes qui se rendent à l'Université, pleines d'espoir en un avenir meilleur qui fait briller leurs yeux et éclaire leur sourire. Mais je lis dans leur voile comme dans les lignes d'une main leur mariage imminent, leur soumission aux diktats de la société égyptienne et d'un islam prégnant. Ont-elles le choix ?
Dans cet univers lisse, une voix s'élève. Immédiatement je songe à ces mendiants dans le métro parisien, psalmodiant leur misère au bon coeur des voyageurs. Mais je lis sur d'autres lèvres un écho à ces paroles, morceaux de prières chuchotées à l'unanimité. Souvenirs d'enfance, de murmures religieux. C'est l'incongruité du lieu qui me rappelle à la réalité.
Je me prépare à descendre à la station suivante, derrière d'autres femmes tournées vers la sortie. Le train s'arrête, et le temps que je réalise que ces femmes restent immobiles, que je trouve les mots pour franchir leur barrière, les portes se referment. Il aurait fallu jouer des coudes, pousser, franchir la mêlée, mais je ne suis pas entraînée à cette bataille quotidienne. Je descendrai donc à la station suivante.
J'attends à nouveau la rame en sens inverse, mais la foule est déjà là, chauffée, pressée. Je laisse passer un premier train, inaccessible. Les parois des wagons semblent prêtes à éclater, des visages s?écrasent contre les vitres.
Le suivant est aussi bondé, mais je m'agglutine à un groupe de femmes pour tenter ma chance. Le flot de celles qui descendent vient heurter celui de celles qui veulent monter, courants impétueux qui finissent par s'entremêler. Sans un cri, deux femmes perdent pied, entravées par l'ampleur de leur vêtement et leurs voiles, elles restent au sol, entre quai et wagon ; je tente de retenir les portes, les rescapées s'écartent pour leur laisser l'espace de se relever. Elles dépoussièrent leur blouse et continuent leur chemin.
Moi je reste hébétée sur le quai. Et décide de faire le trajet à pied.
Sandrine, Le Caire
Mars 2009
Commentaires
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