Me prend l'envie de me faire CAJOLER chez le coiffeur. C'est un mot que je peux ici employer sans ambiguité. Seul cas en Egypte, pays où les femmes subissent pas mal de fois les gestes déplacés des hommes. Car oui, à ma connaissance tous les coiffeurs égyptiens sont des hommes. Rôle à part ? Ils peuvent sans problème toucher la chevelure de toutes les femmes, quand la plupart des hommes ne peuvent apercevoir la moindre mèche. Contradiction ? Souvent coptes mais pas tous. Pourquoi ce privilège ? Considérés comme des eunuques ? Ou assimilés à leur profession, comme gynécologue, médecin accoucheur, tailleur ? On les connait, on les embrasse, on se dé-voile.
Bref, un délicieux moment, rapide, sans rendez-vous, efficace. Un luxe à prix très abordable en Egypte. Le shampoing se prolonge en massage, votre chevelure devient plus soyeuse que jamais sous l'effet des crèmes. Vous en profitez pour parfaire votre vocabulaire en arabe entre deux coups de ciseaux et expliciter les pages de votre El Ahram Hebdo au garçon vivement intéressé.
Le coiffeur en profite pour embrayer sur le fait qu'il monterait bien avec vous dans l'avion de l'été pour venir travailler dans notre hexagone. Pauvre de lui, s'il savait... qu'on n'obtient pas "comme ça" un visa, même pour celui qu'on rêverait d'emmener en vacances pour continuer à chouchouter sa tête et celle de ses copines! Pauvre de moi, honteuse à l'idée que ses doigts de fée, pardon de magicien, pourraient se faire recaler à un CAP ou à une embauche pour lesquels, pourtant il a largement le niveau. Sans parler de la différence de salaire, d'horaires et de démarches administratives...
La clientèle est constituée d'un concentré hétéroclite qu'on ne se lasse pas d'observer. Chez "mon" coiffeur, qui officie dans le quartier assez huppé de Mohandesseen, c'est plutôt la jeunesse dorée : jeans serrés, talons aiguilles, un physique à la Nancy Agram. Mais bon, il y a des exceptions, comme moi, Madame Tout le Monde avec le physique qui va avec... Et parfois la petite fille, venue faire son 1er brushing à partir de 8 ans (est-ce vraiment si tôt en France???). On va chez le coiffeur, comme on va faire ses courses.
L'opération la plus pratiquée semble être le lissage des jolies boucles (mais parfois rebèles), typiques de la chevelure orientale. Alors, vos mèches raides font des envieuses quand vous, vous vous impatientez de voir apparaître à votre tour, des boucles dignes de "Marie-Antoinette". Si, si , c'est le terme donné! Pfff... Sous le fer à friser, chauffé au chalumeau (non non ça ne sent pas le barbecue...). Clic, clac! le garçon fait bruyamment tournoyer le fer, preuve de sa dextérité, comme le shérif son pistolet ou le barman son shaker. Effet frisson garantie!
Un bon petit salon, honnête et sans prétention. Certains employés travaillent jusqu'à 12h /jour! De petits apprentis observent religieusement à partir de 10 ans et font les menus taches: balayage du sol, courses, boissons (où sont-elles en France?). Fermeture traditionnelle le lundi. Les jours ou heures creux, comptez jusqu'à 6 mains, douces et expertes, disponibles pour vous transformer en Cendrillon : coiffeur+manucure+pédicure, le tout accompagné de 3 sourires toujours dispos aussi, qui dit mieux ?
Dans la minuscule cuisine/salle de repos du personnel, le caramel dépilatoire se prépare à même la casserole. Méthode traditionnelle : sucre, huile et vitamine C. A savoir que si vous n'avez pas de citron, ingrédient le plus couramment utilisé, fouillez votre pharmacie car c'est la propriété de cette vitamine qui fait que, de façon quasi magique, le caramel ne "collera" pas aux doigts !
Epilation intégrale possible. Pas de pudeur encore une fois, c'est la plus pratiquée chez les femmes arabes. Mais souplesse requise pour se contorsionner. Vous n'êtes pas installées sur un table, comme en France, mais sur un fauteuil ou une simple chaise. "Poilade" garantie si vous y allez entre copines, les cabines "individuelles" étaient sans porte et séparées par des cloisons très minces, on compatit aux cris des voisines. Et ça finit souvent en fou rire communicatif, atteignant même nos jeunes esthéticiennes tortionnaires, pourtant uniquement arabophones, qui ne nous laissent pas un poil pour l'hiver.
La fille s'attaque maintenant au pourtour de la bouche avec un fil! Cette technique hyper astucieuse, consiste à faire coulisser un double fil, fin et solide, entre ses dents et notre affreuse moustache, les fils se croisent et se décroient, extirpant le moindre duvet mais aïe! Ouille! Il faut supporter...
Courage donc, face à la douleur qui s'atténue cependant (si! si! Persévérez...) au fur et à mesure de toutes ces opérations "yéti", à renouveler toutes les 3 semaines environ. Attention! Si l'envie d'utiliser votre rasoir manuel vous prend, réfrénez-vous! Vous auriez droit à une gentille engueulade professionnelle à votre prochaine visite, et croyez-moi elles ont le coup d'oeil pour reconnaître le poil repoussé trop dru (;-(.
Reprenez vos esprit lors de la manucure, la "french" a le vent en poupe.
A la fin, n'oubliez pas le bakchich pour tout ce petit monde: jamais recueilli avec les doigts, vous devez le glisser dans la pochette de la blouse ou dans celle du pantalon, parfois indécemment serré... misère?!... mais il n'y a jamais d'ambiguité, comme je vous l'avais dit au début. Ma très bonne adresse sur le Caire: salon Malek & Maged, Mohandesseen, près du supermarché Métro de la place Midan Lebnan.
A un de ces jours peut-être ?
GwenMalak, Le Caire
juillet 2009
Commentaires
Poster un nouveau commentaire