Amphore, jarre, mots d’un autre âge. Et pourtant il ne m’en vient pas d’autre à l’esprit pour évoquer ces récipients en terre cuite, avec ou sans anses, plutôt sans, discrets points d’eau accessibles à tous au coin des rues visibles surtout des piétons comme moi. Coincées entre deux voitures, adossées à un arbre, posées sur un support en ferraille, ces amphores rescapées d’un autre temps nous rappellent que la terre cuite conserve mieux que la bouteille en plastique la fraîcheur de l’eau.
Il semble que tout passant puisse s’y désaltérer, mais je n’ai jamais osé saisir le gobelet posé sur le couvercle et boire de cette eau qui doit garder un goût de terre et de végétal, surtout si elle est puisée dans le Nil.
Est-elle puisée dans le Nil ? Si oui, alors il vaut mieux ne pas céder à la tentation et se payer une bouteille de Nestlé Pure Life au prochain kiosque. Est-elle purifiée par la décantation, tout le limon se déposant au fond de la jarre ? Depuis combien de temps est-elle posée sur son trottoir ? Avant ou après la construction de la route ? Qui l’a portée, qui la remplit quand elle est vide ? Qui lave le gobelet ? Est-ce qu’on lave le gobelet ? Pourquoi un gobelet en plastique plutôt qu’un bol en terre cuite ? Que de questions sans réponse. Promis, la prochaine fois, je goûte, juste une goutte, pour savoir le goût de l’eau d’amphore du Caire.
Bénédicte Saouter
Le Caire, 2008
Photographie : @ Bénédicte Saouter
http://pietonnecairote.wordpress.com
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