Que peuvent bien se raconter, en vrai (c’est-à-dire en coréen, pas en anglais pour la galerie…) un banquier et son client lors d’un premier dîner d’affaire « pour faire connaissance et créer des liens » ? Et bien aujourd’hui, enfin, je sais !!! Car figurez-vous que oui, mon niveau de coréen me permet de capter au moins le thème général des conversations, surtout quand le client parle lentement et distinctement (c’est pas comme mon collègue…). Voici donc, de première main, une liste quasi-exhaustive des sujets de discussions abordés par quatre businessmen coréens et une femme d’affaire française (par courtes intermittences) lors d’un dîner ultra-copieux et honnêtement arrosé.
Premier sujet de conversation : la teinture des cheveux, pour ou contre ? Et ces messieurs de comparer la brillante noirceur de leur chevelure, les unes récemment colorées, les autres 100% naturelles bien que quelques fils blancs s’en mêlent parfois (on vérifie). Puis, on embraye sur la peau, « comment faites-vous pour garder une belle peau - (le sous-entendu étant : « avec tout l’alcool que vous ingurgitez sans doute », ce n’est donc toujours pas à moi qu’on s’adresse) » et puis, dit le plus jeune « moi, quand je bois, je deviens rouge tout de suite »…
Le deuxième sujet de conversation (incontournable): combien de bouteilles de soju êtes-vous capables d’ingurgiter en une soirée ? 2 ou 3 à peine confesse mon collègue, mais quand il était plus jeune, il a eu quelques sacrées cuites. Et nous voilà partis pour une bonne demi-heure d’histoires de boisson, de bitures mémorables, vomissements dans le bus, j’en passe et des meilleures (ça, j’ai compris grâce aux gestes…bien sûr, on était en train de s’empiffrer d’un thon entier tout cru en même temps).Heureusement, je n’ai pas eu à assister à la compétition de rigueur sur la capacité de ces messieurs à « tenir » l’alcool. Puis, on dérive assez naturellement sur les voyages en Europe, Paris et ses p’tites femmes, l’Allemagne et ses live-shows. Assez étonnamment, ces messieurs montrent beaucoup de dégout envers ces spectacles auxquels, disent-ils, ils se sont retrouvés par erreur… Après une tentative peu fructueuse de mon collègue pour parler boulot, on reste un moment dans le sérieux : de quelle université venez-vous ? Ah, quand même, ça manquait. Encore 10 mn sur ce sujet de première importance…Puis, mon plus jeune collègue subit un interrogatoire en règle à propos de son prochain hypothétique mariage (à 30 ans, il serait temps)…
Enfin le sujet de clôture, léger et gentiment frivole : quelle est la plus jolie fille du pays ? Et les voilà passant en revue les beautés locales depuis 1965, le vocabulaire en la matière se résumant à « Yebotchio ? » (elle est pas jolie ?) « Ne, yepoyo » (si,si) assez reposant en ce qui me concerne. Pour m’honorer, on cite également les incontournables françaises : Juliette Binoche et Sophie Marceau…
Je m’en suis tenue là… Désolée, je ne saurais donc pas vous dire ce que les messieurs se racontent lors de ces « 3èmes rounds » carrément mythiques où l’on n’emmènerait sûrement pas une femme d’affaire française, encore moins si elle commence à comprendre ce qui se raconte…
Agnes Joly
http://agnesseoul.blog.lemonde.fr
Photographie © Agnes Joly
Commentaires
Poster un nouveau commentaire