C’est devenu presque une tradition, un passage obligé pour bon nombre d’enfants Boyomais : vendre du pétrole, le soir, à travers les rues de Kisangani. Fabrice a 11 ans. Il est vendeur ambulant de pétrole. Chaque soir, il prépare sa logistique pour aller bosser : une bouteille de Coca Cola bien remplie de pétrole, un entonnoir, une boîte de tomate vide pour servir de mesurage et une autre bouteille pleine de pétrole dans le dos. « J’habite la 16ème avenue dans la commune de la Tshopo. Pour mieux vendre, je cible plutôt les quartiers qui n’ont pas d’électricité ou qui ont été délestés par la SNEL », me confie-t-il innocemment.
Pour information, le délestage est un mode de distribution de courant électrique inventé par la Société nationale d’électricité. Le principe de ce système révolutionnaire est simple : différents quartiers reçoivent à tour de rôle l’électricité. Ainsi, certains coins ne sont alimentés qu’une fois par semaine. Le reste du temps, les habitants doivent trouver des moyens alternatifs pour s’éclairer et cuisiner.
Cherchant à savoir ce qu’il tire comme bénéfice de ce business, Fabrice m’explique : « J’achète une bouteille de pétrole à 540 francs congolais et je le revends en détail. Ca me rapporte 1000 francs congolais au bout de deux nuits. Une partie de mon bénéfice de 460 francs congolais me sert à acheter, le lendemain, quelques morceaux de molé (manioc cuit) à l’école pendant la récréation et je conserve un peu d’argent dans ma caisse (tirelire). »
Tant que dure l’agonie de la société nationale d’électricité (SNEL), le commerce de Fabrice marchera. Je m’interroge cependant sur l’avenir de mon pays avec une jeunesse poussée dès le bas âge vers l’informel.
9 janvier 2009, par Boyomais, Leki ya Kisangani
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