Au début de mon expatriation à ChengDu, j’avais d’emblée été très étonné du nombre de gens d’armes que je croisais dans les rues. Dans les faits, si les militaires et les policiers en tenue sont effectivement assez présents, une foule de vigiles de toutes sortes, en uniforme aussi, complète allègrement leurs rangs. Car en Chine, pour une raison qui n’apparaît pas comme évidente au premier coup d’œil, tout se doit d’être sous bonne garde: les banques, les magasins, les restaurants, les écoles, les résidences, les parkings, les carrefours, les routes… Tout! Et je ne vous raconte pas cela parce que ma bicyclette a été chapardée sur une place publique -gardée!- le premier avril dernier (la bonne blague…) !
Outre ces «défenseurs de la paix» affectés à la sécurité (et au contrôle?) des habitants, il semble que la quasi-totalité des groupes socioprofessionnels citadins soient également reconnaissables à leur accoutrement: dès l’école, les élèves portent un survêtement, souvent trop grand, aux couleurs de leur établissement; les métiers de serveurs, cuisiniers, vendeurs, personnels d’entretien, coiffeurs, hôtesses d‘accueil…, se repèrent quant à eux toujours aisément grâce à des tuniques, des robes ou des T-shirts, souvent très colorés et de taille unique (!); enfin, la chemise et la cravate sont elles réservées sans grande surprise aux professions du tertiaire. Mais dans ce dernier cas, tous les employés d’une même institution sont souvent habillés de manière… identique: même pantalon, même chemise et même cravate!
Jusque là, rien d’extraordinaire: dans toutes les cultures du monde, au-delà de sa fonction pratique visant à protéger du froid, le vêtement a toujours joué un rôle social permettant d’identifier chaque individu comme appartenant à un, ou à des groupes; disons simplement qu’en Chine, l’usage de l’uniforme est encore particulièrement marqué, davantage en tous les cas qu’en France où le rôle esthétique, sur lequel s’échinent sans relâche les artisans de la mode, semble avoir pris le dessus…
Non, ce qui est réellement de nature à déstabiliser l’occidental de visite en Chine, c’est plutôt les démonstrations en public dont font parfois preuve ces groupes socioprofessionnels.
Je vous avais présenté il y a près d’un an et demi l’incroyable parade qu’avaient proposée, sans joie manifeste, des enfants chinois à l’occasion d’olympiades scolaires; cela s’était déroulé à l’école MeiShi dans laquelle j’officiais, à ChengDu: il s’agissait d’un défilé réalisé au pas, rigoureusement bien exécuté et qui avait sans aucun doute nécessité un entraînement des plus laborieux (voire lien en bas de page pour se raviver la mémoire). Dans le même ordre d’idée, chaque lundi matin alors que j’arrivais sur mon lieu de travail, j’assistais malgré moi au lever du drapeau sur fond d’hymne national: lors de l’austère cérémonie, des élèves par centaines demeuraient immobiles, bien rangés face au spectacle d’un des leurs (le plus méritant de la semaine écoulée?) hissant le rectangle rouge haut dans le ciel. Défiler au pas, se tenir au garde-à-vous… Ce sont des attitudes que nous attendons davantage de nos militaires que de nos enfants, n’est-ce pas?
Dans le cadre de leur métier, les adultes se plient également à des activités pour le moins inattendues, en groupe, en rang et en public: les vigiles précités se réunissent parfois sur un parking ou un trottoir pour prendre des cours de Kung Fu, ou encore pour affiner leurs aptitudes à se comporter en bons petits soldats sous des ordres aboyés par un instructeur; devant leur restaurant, leur salon de coiffure ou leur magasin, il est fréquent de voir les employés rassemblés face à leurs supérieurs qui, après avoir fait l’appel, leur ressassent les valeurs de l’entreprise ou les erreurs à ne plus commettre; les plus âgés se réunissent quant à eux sur des places pour pratiquer le Tai Chi Chuan en matinée ou encore pour mimer des pas de danse en soirée…
Les situations les plus cocasses auxquelles il m’a été donné d’assister sont sans conteste celles de ces réunions cadrées qui finissent par… une danse collective, dont les mouvements ne sont pas sans rappeler ceux par exemple de la danse des canards. Volonté de développer l’esprit de groupe? de réveiller les employés? de leur faire faire de l’exercice??? J’avoue ne pas bien comprendre. Et sur le visage de certains participants, un air de dépit et de résignation peut parfois se lire…
Sébenchine
http://expatenchine.kikooboo.com
Photographie © Sébenchine
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