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Des lieux vus > Ascension de Taishan

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« Faire  une montagne sacrée » est une aventure très particulière. Pour ma première ascension je n’étais pas prévenu. Une amie m’a proposé de visiter une montagne. Son anglais étant assez limité, nous ne sommes pas rentré dans les détails du voyage. J’ai accepté sans me douter. Taishan est la plus fameuse et la plus anciennement reconnue des cinq montagnes sacrées de Chine. Elle est située dans le Shandong, à quelques heures de route de Qingdao. C’est le pays de Confucius.
 
Nous somme partis au petit matin de Huangdao.  A 5 :10 le minibus que nous devions prendre affichait déjà complet. Le prochain ne partant pas avant 8 :00 nous avons fait le forcing pour monter quand même. L’espace qui nous a été alloué entre les paquets d’un coté, le levier de vitesse de l’autre ne devait guère faire plus d’un demi mètre carré. Les lanières du siège pliant microscopique me laceraient les fesses. Mon amie était assise à même le sol. J’avais pris soin de lui demander la distance à parcourir avant d’accepter la place. Elle m’avait dit 100km. Apres 2 heures de route, il s’est avéré que c’était 400 km qui nous sépareraient de la montagne sacrée. Nous sommes arrivés au pied de la montagne vers midi. Le temps était beau, j’étais perclus et mort de faim. Je demande, un peu inquiet, quand commençons-nous l’ascension ? 
 
Elle me dit que nous commencerons l’ascension vers une heure du matin. Et là, elle m’explique que nous devons grimper pendant la nuit pour arriver au lever du soleil en haut.
 
La sonnerie me tire du lit à minuit. 10 minutes plus tard nous nous retrouvons dans le hall de l’hôtel, prêts pour l’expédition. Un taxi nous déposera, tout près du péage. Il vaut acquitter une somme non négligeable pour avoir accès à la montagne. C’est la foule, la foule chinoise, bruyante, hétéroclite. Tous les ages sont présents, des jeunes enfants aux patriarches. Les uns sont en chaussures de ville, certaines femmes avec des talons, les groupes de jeunes marchent vite, plaisantent et font un bruit de tous les diables. Il y a très peu de lampes, les gens se suivent dans le noir.
 
Je m’étais évidemment équipé du matériel nécessaire à une balade de nuit. Le chemin est, en fait, un escalier qui monte en permanence. Les marches sont taillées directement dans le roc. Les 2 premières heures de grimpée sont agréables, la température est douce, le pas reste léger. Il n’y a pas grand-chose à voir. La montagne est plongée dans l’obscurité. On devine à la faible lueur de la lampe électrique des idéogrammes gravés sur les rochers.
 
De proche en proche de petits temples diffusent un peu de lumière. Ils sont le prochain but a atteindre. Autour de ces temples les arbres sont couverts de rubans rouges noues avec un petit billet de banque. Des cadenas de laiton sont accrochés en grappe partout où c’est possible. Puis soudain on passe de l’autre coté du versant, le vent commence à pincer un peu.
 
Le froid est soudain glacial. J’ai l’impression que la sueur qui mouille complément mes vêtements est en train de geler. Je crains d’attraper froid. Mais tout est toujours prévu en Chine. Il y a, le long du chemin; des gens qui louent, pour quelques yuans, des grands manteaux militaires. J’acquière une de ces parkas avec lesquelles on doit pouvoir affronter un hiver polaire, mais, si le froid ne passe plus, le poids est conséquent. La marche commence à se faire plus lourde. Les jeunes gens sont devenus silencieux, beaucoup se reposent sur les bas-côtés ou assis sur les marches. Il ne faut pas s’arrêter, le temps a été calculé juste pour arriver au sommet a 5 :30. Si on s’arrête, on ratera le spectacle. Soudain la vue se dégage et on peut voir devant les rares lumières qui dansent dans la nuit. On prend conscience de ce qui reste à gravir, on se trouve au bas d’un raidillon de 1600 marches presque d’une volée. Le but semble inaccessible, on est déjà extenué, il est 4 :30. Pas à pas, on a grimpé les 1600 marches qui restaient. Le ciel commençait déjà à s’éclaircir lorsque nous avons passé la porte du ciel.
 
Passé la porte, la foule est là et se dirige tranquillement vers le sommet un peu plus haut. Les derniers mètres sont plus faciles, le but est là, tout prêt. Chacun cherche à trouver la meilleure place pour accueillir l’astre céleste. Tous ces gens, agglutinés sur les rochers, les traits tirés, enveloppés dans les chaudes parkas, ressemblent aux soldats d’une armée au repos.

Le soleil tarde à se montrer. Finalement, il émerge de la couche de brume qui couvre le pays. Les applaudissements et les cris de joie fusent, les appareils photos immortalisent la scène. Il est déjà l’heure de redescendre.
 
Michel Henry
http://michelhenry.blog.lemonde.fr
Photographie © Michel Henry

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Commentaires

Bonjour Heloise, Alors, cette

Bonjour Heloise,
Alors, cette petite balade a Taishan?
Nous attendons le recit....
Amicalement
Michel

Je le fais demain... Et

Je le fais demain...
Et j'angoisse secrètement de ce défi physique.
Si vous avez des conseils, je vous suis toute ouïe.

Mais je pense que voir ce spectacle et ces gens une fois là-haut, dois être véritablement émouvant.

Je verai bien :)

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