Nous nous levons à 10h40. Nuit réparatrice. Le soleil inonde les montagnes et les vallées environnantes et se reflète dans un cours d’eau étincelant. Nous allons déjeuner dans le wagon restaurant bondé. Le “turn over” est important, et il nous faut déguster nos boulettes de viande (pas mauvaises) en quatrième vitesse pour laisser la place aux hordes affamées de touristes et de chinois qui se pressent dans le wagon. Le train passe devant des centrales nucléaires, des usines, des villages. Puis, c’est à nouveau les montagnes, les roues qui crissent, le sifflement du train à chaque entrée et chaque sortie de tunnels, les paysages sublimes qui laissent entrevoir la beauté de ce gigantesque pays. On aperçoit un fleuve qui coule entre les montagnes et leur ombre démesurée, déchiquetée qui s’étend sur cette étendue plane et verte. Quelques petites maisons à flancs de collines perdues dans cette immensité. Nous nous engouffrons dans des tunnels sans fin, puis nous ressortons et des montagnes magiques apparaissent. Pas de muraille par la vitre du train, rien que des villages, des routes qui serpentent et ce rythme lancinant des roues sur les rails d’acier, entêtant.
C’est la Chine ! Bientôt Pékin (ou Beijing si vous préférez) ! Fin du voyage. Mais où est donc cette muraille ? Toujours rien, bientôt la cohue sur le quai, le vrombissement des véhicules. Soudain, apparaît devant nos yeux à quelques kilomètres de là un mur imposant à moitié en ruine, sans doute un des restes de la fameuse muraille. Nous arrivons à présent dans la banlieue de Pékin qui s’étend sur des kilomètres, “ville tentaculaire” qui sans cesse repousse ses limites. Des immeubles, genre HLM bordent les voies comme une armée de géants de béton et barrent l’horizon flouté par la pollution qu’on devine s’amonceler dans l’azur oriental. Plus que quelques minutes avant l’arrivée au quai. Nous préparons nos sacs, nous congratulant comme si nous allons poser nos pieds sur la lune. Encore, quelques secondes. Et le train entre en gare, ralentit et freine. Crissement habituel. Nous sommes arrivés. Instant d’émotion. Notre voyage en train s’achève. Je suis tellement heureux de toucher le sol chinois que j’en oublie même mon anorak. Heureusement, le provodnik (s’appele-t-il encore comme cela en Chine ?) me rattrape sur le quai pour me rendre mon bien.
Il est 14H00. Il fait un soleil de plomb, une chaleur étouffante quand nous sortons de la gare, une cohue indescriptible se presse sur la place. Quelques stands d’une “armée’ civile de volontaires des Jeux Olympiques, zélés et aimables aident le touriste désorienté, passablement à l’Ouest (Je veux dire à l’Est, bon bref à l’Est ou à l’Ouest c’est du pareil au même, ça dépend d’où on vient et surtout de quelle planète on vient ). A part cette chaleur insupportable, notre première impression de cette ville est très bonne. Grandes avenues rectilignes, immeubles et gratte-ciel résolument moderne, voirie particulièrement propre, Jeux Olympiques obligent. Bref, une cité tournée vers l’avenir ! En tous cas, tout a été fait pour que Pékin en ces jours olympiques de médiatisation intense, où les yeux du monde sont rivés sur elle, soit le joyau de la Chine. Bien sûr, nous ne sommes pas dupes, et pour avoir visité trois ans auparavant les campagnes très pauvres de la province du Yunnan, je sais bien que cette hypermodernité, n’est qu’une vitrine et cache une misère effroyable reléguée dans les profondeurs de ce pays.
Thierry M., Pékin
Fev 2009
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Photographie © Transsiberien2008
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