Le dimanche soir à Copacabana, on aime à se retrouver au Bip-Bip et oublier le lundi. Dans ce bar un peu plus petit qu’une boîte à chaussures, les quelques tables sont occupées par une dizaine de musiciens qui se relaient pour passer en revue les sambas des cinquante dernières années : une guitare, une viola (7 cordes), une mandoline, deux cavaquinhos, un surdo, un tamborim et une cuica.
Les clients – une cinquantaine, cariocas et touristes, boivent leurs bières dans la rue. Ici pas d’Antarctica, mais de l’Itaipava à un euro la canette. Entre deux gorgées, tout le monde chante, pas toujours juste, qu’importe ? Et de temps en temps, le patron Alfredo sort de son bar.
Il interpelle le conducteur de l’énorme 4x4 noir aux vitres fumées arrêté en face, qui écoute la musique sans oser descendre de son corbillard : « Eh toi, dans ta camionnette ! Sors de là-dedans et viens boire un coup avec nous. Sinon, tu dégages, tu gênes la circulation « . Le 4x4 préfère rentrer dans son guetto.
Ancien syndicaliste et socialiste convaincu, Alfredo n’est pas qu’une grande gueule. Il est impliqué dans six projets sociaux avec les favelas toutes proches : Pavão, Pavãozinho et Cantagalo. Il intervient au cours de la soirée pour faire le point sur l’un d’entre eux, et demande la participation financière des spectateurs : « On a déjà pu acheter trois chaises roulantes, mais il en manque deux ! Qu’est-ce qu’on fait ? On les laisse marcher à quatre pattes ? ». Sa femme passe dans les rangs. Il faut provoquer cette classe moyenne si tentée par un individualisme à l’américaine, affirme t-il.
Bip-Bip, un bar humain et musical. Le soir seulement, et surtout du jeudi au dimanche.
Et la musique reprend. Je crois qu'ils jouent 'Rosa de Ouro' mais pas sûr...
Thierry à Rio de Janeiro, septembre 2009
http://www.bossanovabrasil.fr
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