Mercredi, c’est gratuit, j’ai donc décidé de me rendre au Museu do futebol, situé dans l’enceinte du stade municipale Paulo Machado de Carvalho, plus connu des paulistanos sous le nom de Pacaembu. Si Roberto Sedinho était le joueur que je crois, il doit forcément y avoir son nom inscrit quelque part sur les murs de ce Panthéon du football brésilien… ou à défaut, quelqu’un qui puisse me dire pourquoi il n’y figure pas.
Depuis mon arrivée au Brésil, je ne cesse de demander autour de moi ce qu’est devenu Roberto Sedinho mais aussi étrange que cela puisse paraître, personne ne semble se souvenir de lui ici. Mes recherches sur Internet n’ont pas été plus fructueuses - des résultats farfelus dont il serait inutile ici de conter le menu détail. Sur les réseaux sociaux, j’ai écrit à quelques homonymes en espérant que l’un d’entre eux serait le bon mais aucune réponse n’est venue.
A l’entrée du musée succède une grande salle, ou plutôt un hall, où sont exposés sous verre maillots, fanions et autres goodies, aux travers desquels près d’un siècle de l’histoire des clubs brésiliens nous est conté.
Impressionné par le soin apporté à conserver les reliques – pistache-orange-bleu pour couleurs de cette équipe de Bahia des seventies, qui peut douter de l’amour du maillot d’un joueur osant porter une telle tunique? – je ne peux m’empêcher de penser que je suis entrain de passer un peu à côté – la plupart du nom de ces équipes m’étant complètement étranger ; même interpellé par ces signes ostentatoires de foi footballistique, je ne ressentirai jamais la même ferveur que ceux qui voient leur équipe honoré ici. Je préssens qu’il me sera difficile de garder longtemps cette posture…
Un visiteur vêtu d’un maillot à rayures bleu et blanches – non, ce n’est certainement pas le maillot de l’Argentine, cher lecteur – m’interpelle d’un : « E você por que time torce ? ». Pour quelle équipe je « tords »… ? Ah, pour quelle équipe je penche ? Après une brève hésitation, je lui réponds qu’étant Français, je ne supporte aucune équipe du championnat brésilien. Stupeur chez le torcedor qui n’est pas loin de la syncope : que je sois Français, passe encore mais que je ne me “torde” pour aucune équipe, impardonnable ! « Un infidèle a pénétré le temple ! » est-il sur le point d’hurler. Je m’empresse de le détromper avant qu’il sonne l’Inquisition : « Queria dizer ainda não tenho time… mas… quero.. quero ver… uns partidos antes… para decidir ». Ouf ! Le voilà rassuré : pas athée mais un seulement un agnostique du ballon rond qui n’a pas encore fait le choix de sa congégation et qu’il se sent désormais pour devoir de guider.
Nous nous arrêtons devant un écran où sont expliquées les subtilités du jogo de botão, un jeu (jadis) joué par les enfants brésiliens, à la croisée du baby foot et du jeu de billes où ces dernières sont remplacées par les botão (boutons) aux couleurs de l’équipe ; chacun des joueurs a le droit à un nombre limité de coup pour marquer un but.
Le torcedor paulistano profite de cet intermède pour revenir à la charge ; il a des étoiles dans les yeux quand il me vante les mérites de son équipe fétiche, à coup d’impressionnantes statistiques : nombre de championnats remportés, de coupes continentales, intercontinentales, intergalactiques, ratio de but marqué par match, record de victoires consécutives, nombre d’arrêt cardiaque de spectateur par séance de tirs au but, de bébés conçus la nuit de la victoire du dernier championnat… tout y passe ! Un amour in-con-di-tion-nel. Quelle femme se risquerait à défier une telle rivale ?
Je suis sauvé de la conversion forcée par l’intervention d’un torcedor carioca, qui s’immisce dans la conversation. Il conteste vigoureusement l’hégémonie des équipes de São Paulo sur celles de Rio: « Tal vez, os jogadores vao para Sao Paulo mas a verdade que os melhores nasceram no Rio ! ».(Si les meilleurs jouent pour São Paulo, ils n’en restent pas moins cariocas). Très vite, ce n’est plus un arbitre dont nous avons besoin mais de l’ONU : deux autres torcedores viennent se joindre au débat. Je crois pouvoir profiter de cette confusion pour m’éclipser discrètement mais je suis rattrapé par le torcedor au maillot rayé revient à la charge avec la même question, celle de ma filiation footballistique. Silence chez les trois autres comparses qui attendent mon verdict. Je finis alors par répondre : « Vou torcer pelo time onde jogava Roberto Sedinho. Qual é ? ». Supporter l’équipe du joueur brésilien qui m’a amené ici, voilà un choix qu’ils ne pourront me reprocher ! Seulement, à leur silence gêné, je comprends qu’aucun d’entre eux ne le connaît, me voilà bien avancé…
Mais où est donc passé Roberto Sedinho ? A suivre ...
Auriverde à Sao paulo, sept 2009
Commentaires
Yup, that'll do it. You have
Yup, that'll do it. You have my apepricatoin.
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