L'univers est régi par des lois que l’humanité découvre au fil de son histoire. C’est, du moins, ce que les hommes croient. Certains ne sont pas dupes. Julio Cortázar sait que la géographie ou les mathématiques sont trompeuses; que dans les interstices de connaissances communément admises s'invitent des phénomènes «autres», nécessaires à la vie de l’esprit.
Le monde ne répond-il pas également «d'un ordre secret et moins transmissible» ? Peu d'univers littéraires ont la puissance et le charme envoûtant de celui de Cortázar. On décrit souvent, pour aller vite, cet auteur de contes et nouvelles fantastiques comme un «inspirateur», voire un précurseur de la littérature «heroic fantasy».
Erreur ! Cortázar n'invente aucun monde parallèle et ne déroute surtout pas son lecteur du réel : il l'y plonge au contraire avec une finesse d’observation, une acuité inouïes. Mais le prodigieux naissant de l'ordinaire, «il y a danger à regarder de trop près le réel». Ainsi, observez un axolotl, longuement, scrupuleusement… comment ne pas éprouver de fascination pour ses yeux d’or ? ne pas se sentir peu à peu devenir soi-même cet étrange batracien originaire du Mexique ? et ressentir l’urgence de fuir avant que l’aquarium du Jardin des Plantes ne vous aspire comme une ventouse ?
Extrait de l'article de Genevieve Welcomme dans La Croix à propos de la réédition des Nouvelles de Julio Cortazar (Sylvie Proti Quarto Gallimard)
http://www.la-croix.com
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